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LE CERVEAU DANS TOUS CES ETATS

Nous n’avions pas tort d'inviter le lecteur, dans le premier tome du Jeu du Tao en 2004 (p. 202), à exercer sa curiosité quant à ce continent méconnu, dont la cartographie ne cesse de changer à mesure que tomographie à émission de positrons et autre imagerie à résonance magnétique tentent de l'établir. Nous ne pouvons que réitérer ce conseil. L'effort n'est pas vain : en quelques années on en a appris davantage, et les connaissances qui s'accumulent ne vont pas sans soulever des questions dépassant largement le cadre de la neurologie. Qu'est-ce que la conscience ? Est-elle le fruit de mécanismes cérébraux ou "quelque chose" de plus ? Questions pour philosophes. Avec, pour "l'honnête homme" (ou femme), celle-ci en plus : se pourrait-il que ces connaissances débouchent sur des applications menaçant l'idée-même de conscience humaine ?
Les connaisseurs du théorème du mathématicien Gödell hausseront les sourcils : selon ce théorème, un système ne peut pas se connaître lui-même entièrement, il lui faudrait pour cela être aussi à l’extérieur de lui-même, ce qui est par définition impossible. Qu’à cela ne tienne – on est encore loin de tout savoir sur le cerveau, alors avant de comprendre la conscience… !   

PETITS RAPPELS DES FAITS
L’activité cérébrale :
Conscience extérieure : onde bêta, 15 à 30 Hz (état éveillé ordinaire),
Conscience intérieure : onde alpha, 7 à 14 Hz (ondes découvertes les premières),
Inconscience : onde thêta, 4 à 7Hz (sommeil, état exploité en hypnose et sophrologie),
et onde delta, 0 à 4 Hz (3 à 4 sommeil profond, 1 coma, 0 mort).

Le cerveau est composé de deux hémisphères ; Roger Sperry, prix Nobel en 1981, a mis en évidence leurs différences de fonctionnement.
HÉMISPHÈRE GAUCHE
Je gère le langage, le calcul, la pensée analytique avançant point par point, les savoir-faire, les procédures. Bref, tout ce qui rassure… ce qui fait de moi le siège des affects positifs,
HÉMISPHÈRE DROIT
Je gère l’intelligence globale, l’inuition, le « feeling », la musique ou le sens artistique, mais surtout, toute information nouvelle passe par moi. C’est déstabilisant : je suis le siège des émotions et pensées négatives.

NOUVEAUTES
LES NEURONES MIROIRS
            LA DECOUVERTE DU SIECLE ?
Disons-le sans ambages : la découverte des neurones miroirs, en 1995, est l'une des plus importantes percées scientifiques des dernières décennies ! Tout a commencé dans le laboratoire du professeur Giacomo Rizzolatti, chercheur et enseignant en physiologie à l'université de Parme, en Italie. Le savant et son équipe étudient un singe, dont ils ont couvert le crâne de capteurs reliés à un puissant scanner. Vient l'heure de la pause. Sans quitter le labo, les chercheurs découpent une pizza et se servent, sous le regard du singe. Dring ! Le scanner du singe se met à “sonner” chaque fois que l'un d'eux tend la main vers un nouveau morceau de pizza. Et les chercheurs découvrent que la zone active dans son cerveau est celle qui correspond au mouvement de la main : sans bouger, il “prend neuronalement” un bout de pizza ! Ainsi commence une formidable nouvelle étape de l'exploration scientifique. Giacomo Rizzolatti et son équipe ont analysé comment, au moment où l'animal voit quelqu'un faire un geste intéressant, son cerveau met en branle exactement le même processus. En 1996, les chercheurs italiens annoncent la découverte d'un processus mimétique qui nous concerne tous : chaque fois que nous voyons une autre personne agir, surtout si elle nous paraît semblable à nous, des neurones miroirs “s'allument” dans notre cerveau, qui imite celui du modèle. En peu de temps, les labos de neurophysiologie du monde entier se ruent sur la nouvelle.
            REPERCUSSIONS SANS FIN
Depuis, les observations s'accumulent. Fait capital : c'est apparemment grâce aux neurones miroirs que notre appareil neuronal s'est structuré, pendant les deux ou trois années qui ont suivi notre naissance, par mimétisme de nos parents ou des personnes s'occupant de nous. Pour Boris Cyrulnik, le neurone-miroir serait à la base de l'empathie, de la relation, de la compassion, de la culture. La découverte des neurones miroirs n'a pas fini de provoquer des remous dans la pensée humaine. Elle montre par exemple que notre cerveau moteur ne fonctionne pas comme un robot qui aurait appris à effectuer certains gestes découpés en une succession de mouvements mécaniques, mais qu'il est entièrement habité par l'idée de l'action toute entière : ce n'est pas le mouvement du bras pour prendre la pizza, puis celui de porter la main à la bouche, etc., qui sont engrammés, mais l'action de “saisir pour manger”, c'est-à-dire le geste avec son intention. Un pavé dans la mare du réductionnisme ! Mieux encore : les neurones miroirs offrent une formidable vérification expérimentale d'une théorie philosophique, celle du désir mimétique proposée par René Girard dans les années 1960.       ORIGINE DU MIMÉTISME
Résumons brièvement la théorie de Girard. Notre désir est toujours mimétique, c'est-à-dire inspiré par, ou copié sur, le désir de l'autre. L'autre me désigne l'objet de mon désir, il devient donc à la fois mon modèle et mon rival. De cette rivalité naît la violence, évacuée collectivement dans le sacré par le biais du sacrifice d’une victime – le fameux “bouc émissaire”. René Girard, professeur de littérature comparée des universités de Stanford et de Duke, membre de l'Académie française, avait avec sa théorie jeté les bases d'une nouvelle anthropologie, associant la violence et le religieux, dès les années 60. En 1981, Jean-Michel Oughourlian, ami de Girard, médecin et professeur de psychologie à la Sorbonne, montrait que cette théorie permet de comprendre des phénomènes étranges tels que la possession - négative ou positive -, l'envoûtement, l'hystérie, l'hypnose... L'hypnotiseur, par exemple, en prenant possession, par la suggestion, du désir de l'autre, fait disparaître le moi, qui s'évanouit littéralement. Et surgit un nouveau moi, un nouveau désir qui est celui de l'hypnotiseur. Selon le professeur, ce nouveau “moi” apparaît avec tous ses attributs : une nouvelle conscience, une nouvelle mémoire, un nouveau langage et des nouvelles sensations. Si l'hypnotiseur dit : « Il fait chaud » bien qu'il fasse frais, le nouveau moi prend ces sensations suggérées au pied de la lettre : il sent vraiment la chaleur et se déshabille.
            TOUT PUISSANT MIMÉTISME ?
Impossible de rester assis quand la “ola”emporte la foule autour de toi ? Tes neurones miroirs sont mobilisés par la pression mimétique de l'entourage. Les campagnes publicitaires sont des luttes acharnées entre marques voisines pour prendre possession, par la suggestion, des neurones miroirs des spectateurs. Et c'est encore la suggestion qui explique pourquoi les membres d'un groupe en viennent à s'exprimer de la même façon... Quant à savoir quelle place il reste pour la liberté humaine si tous nos désirs ne sont qu'imitation, la réponse de Jean-Michel Oughourlian est simple : « La liberté n'est pas un cadeau que l'homme recevrait, au départ, entier et terminé. Ce que l'on reçoit, c'est la capacité de se libérer progressivement, non pas tant du désir mimétique lui-même que de la rivalité à laquelle il pousse. » Dès lors que tu es sans désir de rivaliser, tu es libre de creuser ce que tu as. Tu as par exemple une conscience, que tu peux explorer pendant des années, jusqu'à la rendre suraiguë, éveillée. Et capable d'une certaine distance vis-à-vis des désirs et des comportements que tes neurones miroirs te poussent à imiter.
À lire...
- Un entretien avec Jean-Michel Oughourlian sur En.marge
- Les Neurones miroirs, Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia, et Marilène Raiola, éd. Odile Jacob.
- Des choses cachées depuis la fondation du monde, R. Girard, J.-M. Oughourlian, G. Lefort, éd. Grasset
- Un mime nommé désir, Jean-Michel Oughourlian, éd. Carnets Nord.
- De chair et d'âme, Boris Cyrulnik, éd. Odile Jacob
Citation
« Le fait d'imiter est inhérent à la nature humaine dès l'enfance; et ce qui fait différer l'homme d'avec les autres animaux, c'est qu'il en est le plus enclin à l'imitation : les premières connaissances qu'il acquiert, il les doit à l'imitation, et tout le monde goûte les imitations. » Aristote, Poétique IV, 2

CONFIANCE - NOTRE CERVEAU NOUS AIDE !
Entre neurones miroirs et plasticité cérébrale, les découvertes en neurosciences contribuent aujourd’hui à « ré-enchanter le monde », en montrant notamment qu’en l’humain, tout n’est pas négatif.  D’abord parce que ses neurones miroirs, qui conduisent son cerveau à reproduire, comme s’il les accomplissait vraiment, les actions qu’il perçoit, le pousse naturellement vers l’empathie avec autrui – contrepoids bienvenu à son égoïsme*. Ensuite, parce qu’il dispose d’une plasticité cérébrale qui ouvre la voie à tous les possibles : sans cesse, et jusqu’à un âge avancé à condition qu’il les sollicite, ses réseaux neuronaux se reconfigurent – mieux, de nouveaux neurones se créent**. Chez les chauffeurs de taxi, les zones du cortex qui contrôlent la représentation de l'espace sont de plus en plus développées à mesure que leur expérience grandit***. Et il suffit de vous bander les yeux pendant cinq jours – et de vous soumettre à un entraînement de sensibilité tactile – pour qu’une partie de l’aire cérébrale normalement chargée de votre vision vienne seconder l’aire dévolue au sens du toucher****. « L’être humain est génétiquement programmé, mais il est programmé pour apprendre », écrivait déjà, en 1981, le biologiste François Jacob.
* Les neurones miroirs, de Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia (Odile Jacob, 2008).
** Neuroplasticité : de l'adaptation physiologique au concept de plasticité thérapeutique, Brigitte Onténiente, Journal de la Société de Biologie, 203 (1), pp. 107-111 (2009).
*** Navigation-related structural change in the hippocampi of taxi drivers, E. Maguire, D. Gadian & C. Frith, PNAS, 97, pp. 4398-4403 (2000).
**** Rapid and Reversible Recruitment of Early Visual Cortex for Touch, Merabet, Hamilton, Schlaug et al., PLoS ONE 3(8) (2008).

NOUS AVONS DEUX CERVEAUX
Les neurologues insistent depuis peu sur l'importance de la masse neuronale située dans l'abdomen, que Mickael Gershon, professeur d'anatomie à l'université Columbia, n'hésite pas à appeler notre “second cerveau” ? Reliée à la masse crânienne par le nerf pneumogastrique - appelé aussi “nerf vague” en raison de l'étendue de ses ramifications - cette masse produit 80 % des cellules immunitaires de l'organisme, abrite 100 millions de neurones (l’équivalent de la moelle épinière), forme un réseau aussi compliqué que l'encéphale (qui en contient cependant cent fois plus), est capable de sécréter les mêmes neurotransmetteurs, etc. L'important dans tout cela est peut-être que le nerf vague reliant ces deux cerveaux les relie aussi tous les deux au système respiratoire : voilà qui donne pleinement raison aux arts martiaux d'Orient et à leur notion de hara ! Il faudra bien qu'il en naisse une théorie occidentale du Qi, du souffle, du lien entre le bas et le haut.
Car si stress, fatigue et déprime nous empoisonnent l'existence, dans 80% des cas ils ne correspondent à aucune maladie objective. Pourtant, la sécurité sociale a été obligée de reconnaître un “syndrome de fatigue chronique”, qui fait des milliers de victimes chaque année. L'idée de nombreux thérapeutes, tel Pierre Pallardy qui la défend depuis les années 80 quand il était encore un jeune ostéopathe, est que nous, modernes, devrions donc commencer par “réunifier nos deux cerveaux” : celui de la tête et celui du ventre. Cette idée, qui paraissait farfelue au début (et que Pallardy a commencé à sérieusement consolider, après avoir suivi la formation de Boris Dolto), est désormais reconnue par les savants, qui découvrent chaque jour davantage le rôle crucial que jouent les neurones de l'abdomen crucial dans notre vie psychique et immunitaire Il est vital d'intégrer les différentes facettes de la vie : alimentaire, hormonale, sexuelle, relationnelle, affective, onirique, professionnelle... La santé est à ce prix.
À lire...
- Et si ça venait du ventre ? Pierre Pallardy, éd. Robert Laffont
- Miracles quotidiens, Olivier Lockert, éd. IFHE

DIVERS
Le conformisme social vu du cerveau
D’où provient notre conscience des normes sociales ? Selon une étude américaine, la réponse se situe dans la zone du cortex préfrontal. Pour ces expériences, des bénévoles se sont soumis à des scénarios mettant en jeu la norme d’équité. Au scanner, les chercheurs ont constaté que cette partie du cerveau active la crainte d’une punition en cas de prises de décision non conformes.
Cette découverte devrait aider à mieux comprendre les comportements psychopathes. Les sujets souffrant de dysfonctionnements dans cette partie du cerveau s’avèrent, en effet, incapables de se comporter selon les normes sociales.
Résumé d’une étude américaine parue dans la revue Neuron, le 03/10/07

Le cerveau humain modélisé sur ordinateur en 2015 ?
C’est le but que s’est fixé Idan Segev, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem et  pilote du projet international Blue Brain. Déjà un réseau neuronal de rat, disposé en 6 couches, a été « recopié » à Zurich, sur un ordinateur comprenant 10 000 processeurs, l’équivalent des 10 000 neurones observés.
(Communication au Colloque de l’Association Franco-Israélienne pour la Recherche en Neurosciences, 18/11/07, Paris)

L’inconscient existe, les neurosciences l’ont rencontré
En utilisant le principe de l’image subliminale, qui passe trop vite pour qu’on le sache, une équipe de l’Inserm dirigée par le docteur Lionel Naccache a montré que le sens des mots peut être perçu inconsciemment. Des mots qui font peur (comme poison ou viol) déclenchent une réaction de l’amygdale, zone du cerveau limbique impliquée dans les émotions, alors même qu’on les a vus trop vite pour en prendre conscience.
(Communication au Colloque de l’Association Franco-Israélienne pour la Recherche en Neurosciences, 18/11/07, Paris)

Hommes et femmes ont-ils des cerveaux différents ?
Oui. Lorsque l'on dissèque le cerveau, on remarque que ce dernier est principalement constitué d'une matière blanchâtre à laquelle on donne le nom de substance blanche. A la surface du cerveau se trouve au contraire une fine pellicule de matière grisâtre: c'est le cortex cérébral, ou substance grise. Le Dr Ruben Gur et ses collègues du Pennsylvania Medical Center démontrent que le cerveau masculin contient davantage de liquide céphalorachidien et de substance blanche que celui de la femme. Celle-ci possède, au contraire, une quantité plus importante de substance grise, c'est-à-dire davantage de tissu neuronal et d'éléments de réception (dendrites), ce qui lui confère de remarquables aptitudes combinatoires.
Oui mais.  La seule différence indiscutable entre le cerveau d’un homme et celui d’une femme se situe au niveau de deux zones* de l’hypothalamus (une partie du cerveau limbique émotif) directement impliquées dans les comportements amoureux. Pour certains neurobiologistes, cette différence repose sur une divergence face à un même impératif : la reproduction – l’homme cherchant à essaimer ses gènes, la femme à trouver un partenaire fiable..
Non. De nombreuses voix s’élèvent - telle celle de la neurologue française Catherine Vidal - pour rappeler que l’être humain naît avec seulement 10% de ses neurones actifs et forge donc ses comportements, sexuels inclus, en fonction de son éducation et culture. Nos différences proviendraient donc davantage de l’Histoire que de la nature. Selon elle, il y aurait autant de femmes à préférence hémisphérique droite que d'hommes à préférence hémisphérique gauche.
* L’aire préoptique et le noyau suprachiasmatique
À lire...
Cerveau d'homme, cerveau de femme, de Doreen Kimura, défend la thèse des différences notables (Odile Jacob, 2001).
Sperm wars, le secret de nos comportements amoureux, de Robin Baker. Pour ce professeur de biologie à l’université de Manchester (Royaume-Uni), le secret s’appelle reproduction et rien d’autre (Jean-Claude Lattès, 2005).
Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ? de Catherine Vidal. Un guide pour comprendre comment se forgent nos identités d’hommes et de femmes, principalement par la culture, estime l’auteur (Le Pommier, 2006).
Ce que l’on a constaté
Les gauchers mobilisent plutôt leur cerveau droit et inversement chez les droitiers... Mais, cette « controlatéralité » ne vaut que pour les fonctions motrices : un mouvement de la main gauche est en effet conduit par l'hémisphère droit. Mais en matière de mode de raisonnement, la répartition des préférences hémisphériques reste équivalente entre gauchers et droitiers.
Les Occidentaux sont en majorité « cerveau gauche » les Orientaux, « cerveau droit ». Cela s'expliquerait par notre écriture. Nous écrivons de gauche à droite, ce qui oblige à un mouvement de la main et de la tête stimulant avant tout l'hémisphère gauche de notre cerveau.  Non seulement les Chinois n'écrivent pas dans cet ordre, mais ils ont recours à une écriture symbolique, proche du dessin, qui fait donc appel en priorité au cerveau droit.